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"Ensuite, je me rendis chez Sa Majesté : introduit dans une des chambres qui précédaient celle du roi, je ne trouvai personne ; je m'assis dans un coin et j'attendis. Tout à coup une porte s'ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, Monsieur de Talleyrand marchant soutenu par Monsieur Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide, à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l'évêque apostat fut caution du serment".
C’est ainsi que Châteaubriant rend compte, en des lignes restées fameuses, de la tentative de ralliement de Joseph Fouché à Louis XVIII en 1815. La "légende noire" du duc d'Otrante est en marche.
Fouché le régicide. Fouché le premier policier de Napoléon. Fouché le criminel. Fouché le fourbe. Fouché le traître. Fouché le crime... Que n’a-t-on lu et entendu sur son compte ?
Or, comme toute légende, celle qui tend à faire de Fouché un monstre sanguinaire et inquiétant doit être considérée avec précaution. Il ne s’agit certes pas de remplacer une légende "noire" par une légende "dorée". Mais, dans un sens comme dans l’autre, l’historien ne saurait se satisfaire d’un jugement aussi péremptoire.
Pour Fouché, pour Talleyrand, comme pour tous ceux qu’une réputation outrancière tend à poursuivre, la réalité est beaucoup plus nuancée. Moins spectaculaire, elle est aussi plus humaine, avec tout ce que cela implique de complexité, de nuances voire de contradictions.
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C’est tout cela que met en évidence la belle étude de Julien Sapori : L’exil et la mort de Joseph Fouché. Entre légende romanesque et vérité historique, qui vient de paraître chez Anovi.
En s’attachant à retracer les cinq dernières années de la vie du duc d’Otrante, l’auteur dévoile un destin surprenant : celui d’un homme en exil, mari aimant et père de famille, soumis au bon vouloir de l’empereur d’Autriche au gré de son errance. De l’illusion d’un retour en grâce sous la Restauration à sa mort à Trieste, c’est un Fouché inédit que l’on découvre dans cet ouvrage.
Et puisque là où s’arrête l’Histoire commence la légende, Julien Sapori analyse finement le passage de l’une à l’autre. Ce faisant, il met à mal quelques idées reçues, parmi les plus tenaces, voire les plus farfelues (bien qu’elles aient été cautionnées par des historiens de renom).
Véritable invitation au voyage dans le temps (à l’aube d’un romantisme florissant) et dans l’espace (dans une ville de Trieste peuplée de Napoléonides en exil), cet ouvrage est de ceux qui, parlant à son cœur tout autant qu’à son esprit, stimulent à la fois l’intelligence et l’imagination du lecteur.
De la légende à l'histoire... et vice versa, nous vous souhaitons de bonnes lectures... page à page !
L'équipe Anovi
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